Qui est Noel Dubus, une nouvelle affaire Benalla ?

Qui est ce Noel Dubus ? Peut-on dire qu’il s’agit d’une deuxième affaire de Benalla ?  Que fait-il entre la France et les pays africains ? Travaille-t-il toujours pour les services français ? Est-il juste un escroc, un pion ou un agent qualifié de l’État pour ses « affaires sales »

Fin 2013, sinon sûrement au cours de l’année 2014, je ne me rappelle pas la date exacte. Une jeune femme se présente comme  la « maîtresse » de Noel Dubus et donne un rendez-vous à Châtelet dans un café. Elle dit être une mannequine. Lors de cette rencontre « suspecte », elle dit avoir subi la violence et des menaces, ne cachant pas sa peur ou faisant semblant d’avoir peur. J’ignorais ses intentions. Était-elle envoyée pour une intention précise, ou elle était vraiment une victime de ce fameux Noel Pierre Dubus, alias Noel Delarosa. Montrant une vidéo dans laquelle on voyait un homme DJ dans un bar ou discothèque, elle affirme qu’il s’agit de Noel Dubus, mais refuse de la donner. Puis, elle me demande de faire quelques choses pour faire peur à Noel Dubus ou le dissuader. Pourquoi chercherait-on à impliquer un journaliste dans de telles situations ? Comprenait-elle le sens de « faire peur » ? Était-elle si naïve ou c’était une demande bien réfléchie par elle ou par d’autres ? Je lui demande d’aller porter une plainte auprès de la justice française. Après avoir reçu encore deux ou trois SMS, je redemande à cette jeune femme de régler son problème avec les autorités françaises et de ne me contacter plus. Elle disparaît.

Cette rencontre intervenait après la libération d’un dirigeant kurde, Adem Uzun. Ce dernier avait été arrêté le 6 octobre 2012 dans un bar de Montparnasse, suite à un complot organisé pour le compte des services français, avec la collaboration des services turcs. Le complot est démasqué. Le dirigeant kurde est sorti de la prison, le 9 août 2013, soit exactement sept mois après l’assassinat de trois femmes kurdes en plein Paris, le 9 janvier 2013. Noel Dubus était impliqué dans le complot démasqué visant le diplomate kurde. Je reviendrai sur cette histoire.

Cinq ou six ans après la rencontre avec la jeune femme, une autre femme me contacte sur les réseaux sociaux, disant vouloir parler de Noel Dubus. C’est en janvier 2019. « Est-ce une coïncidence ? » et « pourquoi moi ? », alors qu’il y a tant de médias « influents » en France. Comme la première, cette dernière affirme aussi avoir été menacée et dit craindre que Noel Dubus soit couvert par les autorités françaises.  Je lui dis que je ne peux rien faire et qu’il vaut mieux aller porter plainte, si elle se sent menacée. Puis, elle disparaît, tout comme la première, laissant derrière elle des questions en suspens.

D’OÙ VIENT CETTE SIGNATURE ?

Alors qui est ce Noel Dubus ? Peut-on dire qu’il s’agit d’une deuxième affaire de Benalla ? (lire ici les révélations du Médiapart)  Que fait-il entre la France et les pays africains ? Travaille-t-il toujours pour les services français ? Est-il juste un escroc, un pion ou un agent qualifié de l’État pour ses « affaires sales » ?

C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup d’informations sur ce type qui se présente comme « Noel Dubus », « Noel Pierre Dubus » ou « Noel Delarosa ».  On ne trouve aucune photo de lui sur l’internet. Cependant, on arrive à trouver quelques traces de lui, comme une signature par exemple : « Noel Pierre Dubus, Conseiller spécial auprès du Président. Accréditation Interpol WOA.  Membre de la SIC-ISC. Coordinateur du renseignement auprès de la CPI ». Reste à confirmer !

Ce qui est certain, c’est qu’il est couvert par les autorités françaises, sinon comment expliquer sa présence dans de nombreuses affaires et des allégations contre lui sans qu’il soit inquiété. Si la justice et les médias avaient fait leur travail, nous aurions sûrement des réponses claires. En attendant, les questions restent légitimes.

UN AGENT TROUBLE ? UN ESCROC ?

Depuis l’an 2000, on voit le nom de Noel Dubus dans quelques affaires sérieuses.  Il est parfois «un escroc », parfois « un agent trouble », « un indic », « un agent secret » ou « un intermédiaire » dans plusieurs affaires judiciaires. Un jour, son nom apparaît dans le dossier de Ziad Takieddin,  marchand d’armes ami de l’ancien président Nicolas Sarkozy qui reste aussi impuni.  Un autre jour, il occupe un luxueux appartement avenue Foch. L’ancien locataire de cet appartement était Béchir Saleh, l’ex-« banquier » de Kadhafi recherché par Interpol, selon un article paru dans Le Parisien, le 19 juillet 2013.

« Ce qui est certain, c’est que cet ancien employé des Postes a trempé dans des affaires d’escroquerie en Afrique et en France. En 1996, il est arrêté pour avoir tenté de monnayer de faux certificats de dépôt auprès de plusieurs banques de la Marne », peut-on lire dans le même article.

Mais le passé sale du Noel Dubus ne commence ni avec son arrestation, ni elle fini avec l’affaire Takieddin.

Son nom apparaît dans « Billets d’Afrique et d’ailleurs Numéro 87  décembre 2000 » : «Un conseiller de l’ambassade des Comores à Paris, Mohamed Maoulida, a séquestré un notaire dans les locaux mêmes de l’ambassade. Avec deux escrocs, Noël Dubus et Laurent van Tottelsberg (lequel se présente comme un mercenaire vivant à Tel-Aviv et travaillant pour la DGSE), Maoulida a extorqué au notaire plusieurs chèques d’un montant total de 160 millions de FF. Maoulida aurait été nommé à Paris sur protection du colonel Azali et de son épouse. (Le Parisien, 23/09/2000 ; Le Quotidien de la Réunion, 26/09/2000 ; Comores Info n° 23). »

LE COMPLOT CONTRE UN DIRIGEANT KURDE

On arrive maintenant à l’affaire du diplomate kurde Adem Uzun. Plusieurs médias français ont également parlé de l’implication de Noel Dubus dans cette affaire.

Voici juste une partie de l’opération conduisant à l’arrestation du dirigeant kurde.

Avant l’implication de Noel Dubus, il y avait plusieurs autres personnes qui étaient impliquées dans l’affaire Uzun, dont un écrivain connu. Chacun a joué un rôle sciemment ou inconsciemment. Le juge Thierry Fragnoli, connu pour ses opérations antikurdes, était à la tête de ce complot. Il avait des relations étroites et troubles avec le régime turc.

Quand, soudain, l’auteur de best-sellers des années 80 arrête de parler avec le diplomate kurde, Noel Dubus entre en scène.  L’objectif était de piéger Adem Uzun. Noel Dubus apparaissait comme un type idéal pour ce genre d’opérations. Tout montrait qu’il y avait un réseau au sein des services de renseignement qui mettait en évidence l’existence d’une cellule qui organisait sur commande de véritables provocations à commettre des infractions.

Il fallait d’abord préparer le terrain afin de piéger ceux qui étaient dans la ligne de mire des autorités. La cible était déterminée. Il restait donc de créer des liens avec elle et la manipuler, enfin attaquer de la manière la plus innocente avec des moyens impitoyables.

Au début, Noel Dubus présente à Adem Uzun quelques « journalistes » dont on ignore l’identité. En réalité, ils ne sont pas des journalistes. Ensuite, des hommes politiques « importants », sans que l’on sache le degré de leurs influences. Son dernier rôle était de présenter Adem Uzun aux responsables français. Il se retire après, laissant la place à d’autres personnes. D’après Adem Uzun, des discussions directes commencent alors avec deux responsables français, se présentant comme des personnes liées à l’Élysée.

Surveillant toutes les rencontres d’Adem Uzun, les services français ne trouvent aucune infraction. Mais le juge Fragnoli, déçu après cet échec malgré tous les efforts déployés,  préfère dépasser les limites de la justice, lançant la troisième phase de l’opération par une alerte donnée en avril 2012 par les services de renseignement turc qui accuse le diplomate kurde de chercher à acheter de redoutables missiles antichars Milan d’une valeur totale de deux millions d’euros. Ses conversations téléphoniques placées sur écoutes pendant six mois ne satisfont pas les soupçons de trafic d’armes à destination de la guérilla kurde. La police judiciaire met alors en place une procédure d’infiltration, avançant son dernier pion. Il s’agissait d’un policier nommé « Antoine ». Il se présentait comme un chercheur des think tanks.

Le 6 octobre 2012 à 16 h 00, ils se rencontrent dans un café de Montparnasse. Le diplomate kurde avait des projets pour son interlocuteur. Il voulait lui demander de partir au Kurdistan pour mener des recherches intellectuelles. Le rendez-vous ne dure que neuf minutes quand un groupe de policiers font irruption dans la cafétéria et plaquent le diplomate kurde au sol. « Monsieur Uzun, c’est fini », lance l’un des policiers. Le seul objet pouvant servir à manipuler l’opinion publique par le biais des  médias était une somme non précisée et le mot « cash » inscrit sur un papier. Pour les enquêteurs, ce papier et cette rencontre avec le policier infiltré constituaient une preuve de décision d’achat des missiles antichars de fabrication franco-allemande, alors que ce n’était qu’un papier sur lequel était écrite une certaine somme pour financer les aller-retour du soi-disant chercheur au Kurdistan irakien et quelques noms des régions kurdes.

FRAGNOLI ET SES RÉSEAUX

Pour Adem Uzun, qui faisait aussi partie des négociations directes entre la Turquie et le PKK, le but politique de l’opération était d’enfermer un acteur important du processus de paix et de criminaliser à travers lui toute tentative de trouver une solution pacifique à la question kurde. Une fois, le complot est démasqué, la cour d’appel de Paris a abandonné, deux ans après, la procédure engagée contre le militant kurde. Or, lors de l’interrogation d’Adem Uzun, le juge Fragnoli aurait dit au diplomate kurde qu’il passera dix ans en prison, sans qu’un procès soit engagé contre lui.

Malgré sa mise en cause par ses liens obscurs ou ouverts avec le régime turc et ses méthodes illégales, Fragnoli reste toujours un juge d’instruction, tandis que ses pions comme Noel Dubus bénéficient toujours de l’impunité. Cette situation elle-même en dit long sur la continuité des injustices à travers le mécanisme politico-judiciaire.

Et la justice… elle continue malheureusement d’être instrumentalisée partout et par les puissants. Fragnoli n’est pas un cas isolé, tout comme Noel Dubus, ils font partie d’un système largement corrompu et injuste. La question qui se pose n’est pas « s’il y a encore des scandales Benalla, mais combien ? » L’affaire Benalla n’est que la partie visible de l’iceberg. Et ce n’est peut-être rien comparé à d’autres crimes commis au grand jour ou dans l’ombre.

Maxime Azadi

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