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Comment le coronavirus a impacté les médias en Europe?

Le responsable du bureau Union Européenne/Balkans au sein du RSF, Pavol Szalai: le Covid-19 est bénéfique sur le court-terme aux politiques autoritaires et aux ennemis de la liberté de la presse, mais sur le long-terme elle est dangereuse pour tout le monde.

Pour RSF, le journalisme est le meilleur vaccin contre la désinformation, mais les mesures prises pour lutter contre la pandémie de coronavirus ont empêché les journalistes partout dans le monde. Plus de 130 pays ont bloqué le journalisme.

Le responsable du bureau Union Européenne/Balkans au sein de Reporters sans frontières, Pavol Szalai, affirme notamment que le Covid-19 « est bénéfique sur le court-terme aux politiques autoritaires et aux ennemis de la liberté de la presse, mais sur le long-terme elle est dangereuse pour tout le monde. »

Maxime Azadi: Au vu des restrictions, mesures autoritaires, fake-news, chômage, précarité du métier etc., comment le virus a frappé la liberté de la presse ? 

Paul Szalai: Les mesures sanitaires prises pour combattre la pandémie de coronavirus ont empêché les journalistes partout dans le monde dans leur travail sur le terrain et avec leurs sources. Parfois les restrictions imposées par les États ont été légitimes, mais souvent elles ont été illégitimes. En effet, la COVID-19 est devenue une nouvelle excuse pour une partie des gouvernements de réduire la liberté de la presse. Le journalisme, qui est un vaccin contre la désinformation, est bloqué dans plus de 130 pays (¾  des pays évalués par RSF), dont la Bulgarie, la Hongrie, la Grèce et la Pologne en Europe. 

Par ailleurs, dans plusieurs pays européens, la pandémie a été à l’origine des problèmes économiques des médias qui mènent déjà une lutte inégale avec les plateformes et les réseaux sociaux. Ces derniers favorisent, avec leur fonctionnement actuel, la diffusion des fausses informations. Si quelqu’un avait encore besoin d’une preuve de la nécessité d’informations fiables et du journalisme de qualité, la voilà sous forme de crise sanitaire.    

A qui profite le Covid pour museler la liberté de la presse et de l’expression, mais aussi propager les fake-news ?

Sur le court-terme elle est bénéfique aux politiques autoritaires et aux ennemis de la liberté de la presse, mais sur le long-terme elle est dangereuse pour tout le monde. 

En Europe, quel pays a échoué en matière de liberté de la presse et de la protection des droits fondamentaux en temps de crise sanitaire et pourquoi ?

Le gouvernement hongrois de Viktor Orban a profité de la crise sanitaire pour resserrer les vis sur les médias indépendants. Sa législation d’urgence criminalisant la diffusion des fausses informations, dont il accuse les médias indépendants restants, produit un effet dissuasif sur les journalistes et leurs sources. De surcroît, le gouvernement leur a interdit, sous le même prétexte, de faire des reportages dans les hôpitaux. En même temps, il a profité des problèmes économiques du plus grand site indépendant Index – victime en plus de le distribution inéquitable de la publicité d’État – pour mettre sa main dessus tout comme il a privé la radio indépendante Klubradio de sa fréquence par une décision administrative. Le gouvernement a construit de la Hongrie un vrai contre-modèle de la liberté de la presse en Europe qui aujourd’hui inspire et coopère avec les partis au pouvoir en Pologne et en Slovénie (qui assumera bientôt la présidence de l’UE) et que l’UE peine à arrêter dans ses tentatives liberticides. De son côté, les autorités en Serbie et au Kosovo ont profité de la crise sanitaire pour interpeller arbitrairement des journalistes qui enquêtaient sur les sujets sanitaires. 

Quel est l’impact des mesures restrictives à l’égard de la presse sur la démocratie ?

Il n’y pas de démocratie sans la liberté de la presse et il n’y pas de liberté de la presse sans les journalistes libres. Les mesures qui menacent volontairement les journalistes portent atteinte à la démocratie. Sans journalistes libres, nous ne pouvons pas avoir un débat démocratique qui est nécessaire pour identifier les meilleures mesures (sur le court ou long terme) pour lutter contre la pandémie et contre la désinformation sur le coronavirus qui menace nos vies.

Votre classement mondial de la liberté de la presse 2021 montre une difficulté croissante pour les journalistes d’enquêter et de faire des révélations sur des sujets sensibles en Europe. Quelles sont ces difficultés et qui sont responsables ?

La zone UE/Balkans reste globalement la région la plus favorable à la liberté de la presse dans le monde, mais elle connaît d’importantes disparités avec les pays nordiques sur les premières places et la Bulgarie au 112ème rang. Par ailleurs, la zone blanche sur notre nouvelle carte de la liberté de la presse, où la situation est bonne, n’a jamais été aussi réduite depuis 2013. L’Allemagne en est notamment sortie en devenant jaune en raison de très nombreux cas de violences commisses principalement par des individus proches des mouvances extrémistes et complotistes lors des manifestations contre les restrictions sanitaires. Nous avons observé ce même phénomène en Italie et aux Pays-Bas, alors qu’en France et en Grèce les journalistes couvrant des manifestations ont subi des violences policières et des interpellations arbitraires. En outre, les autorités – espagnoles ou grecques – ont empêché les journalistes qui ont couvert les sujets des migrations. Dans la partie Est et Sud de l’Europe, l’impunité reste un problème persistant et pesant, notamment dans le cas des journalistes assassinés en Slovaquie et à Malte, mais aussi dans de nombreux cas dans les Balkans. Je vous invite également à consulter l’analyse régionale et notre dernier communiqué sur la Grèce. 

Les médias ont-ils joué leur rôle pour sensibiliser l’opinion publique face à la crise sanitaire, mais aussi contre les dérives autoritaires et les désinformations ?

Oui, tout à fait. Dans certains pays comme la Slovaquie, par exemple, les médias dits traditionnels ont enregistré même des records d’audience, le public étant en recherche d’informations fiables. Par ailleurs, partout en Europe les médias publics – s’ils sont indépendants du pouvoir en place – ont eux aussi démontré à nouveau leur utilité, s’il fallait encore le prouver.  

Quelle est pour vous la principale révélation de cette crise pour les médias ?

Le journalisme est le meilleur vaccin contre la désinformation!

Par Maxime Azadi

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